Comment se faire accompagner dans un deuil ?
Serge METZGER


Et pourtant, se faire accompagner dans un deuil reste tabou. On demande de l'aide pour une jambe cassée, pas pour un cœur brisé. On consulte pour une bronchite, pas pour une perte qui dure depuis dix ans.
Cet article est fait pour ceux qui sentent qu'ils portent quelque chose de trop lourd depuis trop longtemps. Pour leur dire : il existe des chemins. Plusieurs. Chacun adapté à une situation, à une personne, à un moment précis du processus.
Et pour expliquer pourquoi la kinésiologie, parmi tous ces chemins, propose quelque chose de particulièrement adapté au deuil.
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Traverser un deuil seul est possible. Certaines personnes y arrivent, avec le temps, avec le soutien naturel de l'entourage, avec les ressources intérieures qu'elles ont construites au fil de leur vie.
Mais beaucoup n'y arrivent pas seuls. Pas une question de faiblesse, le deuil est parfois trop lourd, trop ancien, trop complexe, trop enkysté pour être traversé sans aide.
Parce que l'entourage ne sait pas comment aider. Parce que la société n'a pas prévu d'espace pour ça.
Avant tout : comment savoir si on a besoin d'aide ?
Il n'y a pas de règle universelle sur la durée "normale" d'un deuil. Tout dépend de la nature de la perte, de l'histoire de la personne, de son contexte de vie, de ses ressources.
Mais certains signes méritent une attention, non pas comme critères de pathologie, mais comme invitations à se faire accompagner.
Une tristesse qui ne diminue pas avec le temps, ou qui s'intensifie. Des pensées obsédantes autour de la perte, qui reviennent indéfiniment malgré les efforts. Un sentiment de ne plus trouver de sens à la vie, ou de ne plus se reconnaître depuis la perte. Des symptômes physiques chroniques qui sont apparus après une perte significative. Un sentiment d'être "figé", de ne plus avancer, de ne plus se projeter dans l'avenir. La conviction que "ça ne sert à rien d'en parler", souvent le signe d'un deuil porté seul depuis trop longtemps.
Si l'un de ces signaux vous parle c'est déjà une information précieuse. Le corps et le psychisme disent : quelque chose attend.
Les approches conventionnelles
La psychothérapie
C'est souvent le premier recours, et pour de bonnes raisons. La psychothérapie offre un espace structuré, confidentiel, et régulier pour explorer ce qu'on traverse avec un professionnel formé.
Plusieurs approches sont particulièrement indiquées pour le deuil.
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
travaille sur les pensées et les comportements liés à la perte, identifier les schémas de pensée qui maintiennent le deuil bloqué, et les modifier progressivement.
La thérapie psychodynamique
explore les liens entre la perte actuelle et les blessures d'attachement précoces, particulièrement utile quand le deuil réactive des blessures plus anciennes.
L'EMDR
(Eye Movement Desensitization and Reprocessing, développé par Francine Shapiro) est particulièrement efficace sur les deuils traumatiques, mort violente, suicide, disparition, accident. Il utilise des stimulations bilatérales alternées (mouvements oculaires, tapotements) pour déverrouiller les souvenirs traumatiques figés dans le cerveau et permettre leur intégration.
La limite commune à toutes ces approches verbales : elles accèdent principalement à la mémoire narrative consciente, ce que la personne peut raconter. La mémoire corporelle implicite, là où les deuils les plus anciens et les plus enkystés se trouvent souvent reste moins accessible par la seule parole.
La psychiatrie et le traitement médicamenteux
La médication peut être indiquée quand le deuil s'accompagne d'un épisode dépressif caractérisé, d'une anxiété sévère, de troubles du sommeil profonds, ou d'un risque suicidaire.
Les antidépresseurs, principalement les ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine), peuvent créer un plancher émotionnel qui stabilise suffisamment la personne pour qu'un travail thérapeutique devienne possible. Ils ne résolvent pas le deuil, ils créent les conditions dans lesquelles il peut être traversé.
Un risque mérite d'être nommé clairement : l'anesthésie émotionnelle. Certaines personnes sous traitement rapportent ne plus ressentir la tristesse, mais ne plus ressentir grand chose d'autre non plus. Un deuil anesthésié est souvent un deuil différé, il reviendra quand le traitement s'arrêtera, parfois avec plus d'intensité encore.
La décision de prendre ou non un traitement médicamenteux doit être prise avec un médecin ou un psychiatre, jamais seul. Et les personnes sous traitement ne doivent pas se sentir jugées : parfois, le médicament est ce qui permet de ne pas sombrer le temps de trouver d'autres ressources.
Les groupes de parole
Souvent sous-estimés, les groupes de parole sont pourtant l'une des approches les plus efficaces pour certains types de deuil, particulièrement ceux qui s'accompagnent d'un fort sentiment d'isolement.
L'effet thérapeutique central est simple : être entendu par des personnes qui comprennent vraiment, parce qu'elles vivent ou ont vécu quelque chose de similaire. Cette reconnaissance mutuelle a un effet direct sur le système nerveux, elle diminue l'activation de l'amygdale (centre de l'alerte émotionnelle) et renforce le sentiment de sécurité.
Des groupes spécialisés existent pour les deuils les plus spécifiques : deuil périnatal (AGAPA), deuil d'enfant (Jonathan Pierres Vivantes), deuil par suicide (Phare Enfants-Parents), accompagnement de fin de vie (JALMALV).
L'accompagnement spirituel et pastoral
Pour les personnes croyantes, l'accompagnement par un prêtre, un aumônier, un rabbin, un imam, ou un accompagnant spirituel laïc peut apporter ce que la thérapie ne peut pas toujours donner, un cadre de sens pour la perte.
La question "pourquoi ?", qui hante souvent les endeuillés, trouve dans ces traditions des réponses qui dépassent le registre psychologique. Le deuil y est inscrit dans une vision plus large de l'existence, de la mort, et de ce qui vient après.
Pour les personnes non croyantes ou ayant perdu la foi, ce cadre peut être inaccessible, voire douloureux. C'est en soi un deuil à traverser, évoqué dans l'épisode 7 de cette série.
Les approches complémentaires
La sophrologie
Développée par Alfonso Caycedo dans les années 1960, la sophrologie travaille sur les trois niveaux corps-mental-émotions par des techniques de relaxation dynamique, de respiration consciente et de visualisation.
Dans le deuil, elle est particulièrement efficace pour réguler le système nerveux autonome, sortir de l'hyperactivation sympathique chronique que génère un deuil non résolu, et pour développer des ressources intérieures de stabilisation. Elle est accessible, non invasive, et peut être pratiquée en autonomie entre les séances.
L'hypnose et l'hypnothérapie
L'état hypnotique permet d'accéder aux couches subconscientes de la mémoire émotionnelle, là où les deuils figés se sont souvent enkystés, hors d'atteinte de la seule parole consciente.
L'hypnose ericksonienne utilise des métaphores et des suggestions indirectes pour contourner les résistances conscientes, particulièrement utile pour les deuils anciens "oubliés" consciemment mais encore actifs dans le corps.
Elle est également précieuse pour les personnes qui ont du mal à raconter leur deuil, soit parce que c'est trop douloureux, soit parce qu'il est trop ancien ou trop fragmenté pour être narré.
L'art-thérapie
Quand les mots ne viennent pas, ou ne suffisent pas, le dessin, la peinture, la sculpture, l'écriture créative, la musique ou le mouvement peuvent donner une forme à ce qui est informe.
Les émotions du deuil sont souvent préverbales, elles datent d'avant le langage, ou elles dépassent le langage. L'art crée un contenant symbolique pour ce qui ne peut pas encore être dit.
Particulièrement indiquée pour les deuils traumatiques, les deuils d'enfants, les personnes peu à l'aise avec la parole en thérapie, et les deuils pré-verbaux (deuil périnatal, traumatismes de la petite enfance).
La méditation et la pleine conscience
Le programme MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) de Jon Kabat-Zinn est aujourd'hui l'une des interventions les mieux documentées scientifiquement pour la régulation émotionnelle.
Dans le deuil, la pleine conscience apprend à être avec la douleur sans la fuir ni s'y noyer, compétence centrale du processus de deuil sain. Elle développe la capacité d'observer ses propres états émotionnels sans en être submergé.
Une précaution importante : pour les personnes en état de choc aigu ou de deuil traumatique, la méditation peut être contre-indiquée dans un premier temps. L'attention au moment présent peut réactiver violemment le trauma non stabilisé. Elle s'introduit progressivement, après une phase de stabilisation.
Les constellations familiales
Développées par Bert Hellinger, les constellations familiales sont particulièrement indiquées pour les deuils transgénérationnels, ceux qu'on porte sans les avoir vécus, évoqués dans l'épisode 8 de cette série.
Dans un groupe, des représentants incarnent les membres du système familial. Sans connaître l'histoire, ils ressentent et expriment des émotions qui correspondent aux dynamiques réelles de la famille. Ce qui ne pouvait pas être dit entre générations peut trouver expression, et parfois résolution, en une seule séance.
L'homéopathie classique
Quelques remèdes emblématiques du deuil, à utiliser idéalement avec un homéopathe formé au terrain complet de la personne :
Ignatia amara : le remède du choc émotionnel aigu, des larmes retenues, des soupirs.
Natrum muriaticum : deuil ancien enkysté, porté seul, refus de consolation.
Staphysagria : deuil accompagné de colère rentrée, sentiment d'injustice non exprimé.
Causticum : deuil long, épuisement émotionnel profond, tristesse pour les autres.
Phosphoricum acidum : épuisement vital profond après une perte prolongée.
Les fleurs de Bach®
Les 38 remèdes floraux d'Edward Bach correspondent à des états émotionnels précis. Les plus indiqués dans le deuil :
Star of Bethlehem : le choc, la stupeur, le deuil aigu, considéré comme le remède du deuil par excellence.
Walnut : protection pendant les transitions, aide à couper les liens avec ce qui appartient au passé.
Honeysuckle : nostalgie, rumination du passé, difficulté à lâcher.
Sweet Chestnut : détresse extrême, sentiment d'être au bout du rouleau.
Pine : culpabilité du survivant, sentiment d'avoir mal fait.
Willow : amertume, "pourquoi moi ?", rancœur envers la vie.
Le décodage biologique et la psychogénéalogie
Le décodage biologique (Christian Flèche, Marc Fréchet) propose d'identifier le conflit émotionnel à l'origine d'un symptôme physique lié au deuil bloqué, ouvrant une compréhension du sens biologique du symptôme.
La psychogénéalogie (Anne Ancelin Schützenberger) explore l'arbre familial pour cartographier les deuils transgénérationnels non faits via le génosociogramme.
La psychosomatique (Salomon Sellam) éclaire les liens entre deuil bloqué, Syndrome du Gisant et mémoires familiales — dans un registre complémentaire mais distinct du décodage biologique.
Focus : la kinésiologie, et pourquoi elle est différente
Parmi toutes ces approches, la kinésiologie occupe une place particulière, non pas parce que c'est mon approche , mais parce qu'elle propose quelque chose qu'aucune autre ne propose exactement de la même façon.
Ce qui la distingue fondamentalement
Elle parle le langage du corps.
Le deuil se loge dans la mémoire corporelle implicite, parfois inaccessible au seul langage verbal. Le test musculaire accède directement à cette couche mémorielle. Il révèle ce qui est encore actif dans le système nerveux, indépendamment de ce que la personne dit, pense, ou croit avoir traversé.
Un deuil "réglé" intellectuellement peut être encore pleinement actif dans le corps. La kinésiologie le montre, simplement, sans jugement.
Elle ne force pas la narration.
Certaines personnes ne peuvent pas raconter leur deuil. Soit parce que c'est trop douloureux. Soit parce que le deuil est transgénérationnel et n'a pas de récit conscient. Soit parce qu'il est trop ancien pour être encore accessible à la mémoire narrative.
La kinésiologie n'a pas besoin du récit. Elle travaille avec le système nerveux, pas avec l'histoire.
Elle ne hiérarchise pas les pertes.
Le test musculaire ne demande pas si la perte était "légitime" aux yeux de la société. Un deuil d'animal, un deuil périnatal, un deuil professionnel, un deuil transgénérationnel, tous reçoivent le même espace, la même attention, la même bienveillance.
Elle respecte le rythme de la personne.
On ne force pas le processus, on accompagne le système nerveux à intégrer ce qu'il est prêt à intégrer, au rythme qui lui est propre. Pas de pression sur la durée, pas d'injonction à "aller mieux" selon un calendrier.
Elle est applicable à tous.
Adultes, enfants, personnes âgées, animaux, sans limite d'âge ni de capacité verbale.
Les outils spécifiques utilisés en séance
Le Touch for Health®
travaille sur les 14 méridiens d'acupuncture pour rééquilibrer les organes et émotions associés à une perte, sans nécessiter de revivre verbalement l'histoire douloureuse. Chaque méridien correspond à un organe, à un tissu, et à un registre émotionnel spécifique. Le rééquilibrage se fait par des points de contact précis, points neuro-lymphatiques, neuro-vasculaires, points d'acupuncture.
Le Three In One Concepts (TIOC)®
part d'un principe central issu des recherches de Gordon Stokes et Daniel Whiteside : les émotions non résolues restent figées à l'âge et dans la situation où elles se sont produites. La personne aujourd'hui réagit depuis ce point figé, comme si le passé était encore présent. Le TIOC® identifie ce point de fixation, accède à l'émotion enkystée, et permet au système nerveux de traverser ce qu'il n'avait pas pu intégrer à l'époque. Particulièrement précieux pour les deuils anciens, les deuils transgénérationnels, et les deuils traumatiques.
Les fleurs de Bach® testées musculairement
plutôt que choisies par questionnaire ou par intuition. Le test musculaire révèle quelle fleur correspond à l'état émotionnel réel de la personne, souvent différent de ce qu'elle pense ou dit consciemment. La colère visible peut cacher une tristesse profonde. Le "je vais bien" peut masquer un choc encore pleinement actif.
L'homéopathie psycho-émotionnelle
testée en séance permet d'identifier le remède le plus adapté au terrain émotionnel actuel, et de détecter les couches successives du deuil : le remède de surface (émotion visible) puis le remède profond (émotion cachée sous la première).
Le décodage biologique en complément
identifier le conflit biologique actif derrière un symptôme physique lié au deuil, et orienter le travail vers sa résolution.
Comment se déroule une séance concrètement
Une séance de kinésiologie pour le deuil commence toujours par un temps d'accueil sans contraintes, sans protocole imposé. La personne partage ce qu'elle souhaite partager. Rien n'est obligatoire.
Le test musculaire prend le relais pour ce que les mots ne disent pas. Il identifie les charges émotionnelles actives, les méridiens déséquilibrés, les fleurs de Bach prioritaires.
Le travail de libération se fait ensuite, selon ce que le système nerveux est prêt à traverser ce jour-là. Pas selon un programme préétabli.
La séance se termine par un rééquilibrage global, le corps repart dans un état de plus grande cohérence que celui dans lequel il est arrivé.
Les effets peuvent être immédiats, une légèreté, une respiration plus profonde, un sentiment de "quelque chose s'est posé". Ils peuvent aussi se déployer dans les jours qui suivent, des rêves, des émotions qui remontent et se libèrent, des souvenirs qui reviennent avec moins de charge.
Un accompagnement en deuil en kinésiologie se fait généralement sur plusieurs séances, le nombre dépend de la complexité du deuil, de son ancienneté, et de sa dimension transgénérationnelle éventuelle.
Choisir son accompagnement
Il n'y a pas de meilleure approche universelle : il y a l'approche qui correspond le mieux à ce que vous traversez, à ce moment précis.
Quelques repères pour choisir :
Si votre deuil est récent et traumatique : EMDR, accompagnement psychiatrique si nécessaire, groupes de parole.
Si votre deuil est ancien et enkysté : kinésiologie, hypnothérapie, constellations familiales.
Si vous avez besoin de nommer et comprendre : psychothérapie, groupes de parole, lecture des modèles (cf. épisode 10).
Si vous sentez que votre deuil n'est pas tout à fait le vôtre : kinésiologie, psychogénéalogie, constellations familiales.
Si votre corps parle depuis la perte : kinésiologie, décodage biologique, homéopathie.
Si vous avez besoin de rituel et de sens : accompagnement spirituel, art-thérapie, constellations familiales.
Ces approches ne s'excluent pas, elles se complètent. Beaucoup de personnes combinent plusieurs chemins simultanément ou successivement. L'essentiel est de commencer. De faire un pas. De ne pas rester seul avec ce qui est trop lourd.
Cet article fait partie de la série "Le Deuil — Tous les visages d'une perte", publiée chaque semaine sur ce site.
Article précédent : "Kübler-Ross, Worden, Bowlby, Sellam : quel modèle du deuil vous ressemble ?"
Prochain épisode : "Le deuil comme transformation : la leçon du kintsugi"
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